Le rough et le storyboard

On peut être graphiste sans savoir dessiner. On peut également être designer sans savoir manier le crayon. Car enfin, quel rapport entre l’illustration et le design graphique ? Quel rapport entre la conception et une quelconque représentation graphique ? Même s’il est souvent question de composition voir de rythme dans un concept et dans un visuel.

Il existe pléthore de graphistes et de designers qui ne savent pas dessiner. Ça n’est pas grave jusqu’au moment où il faudra storyboarder un usage, une application… Ou tout simplement un scénario. Comment expliquer alors sans représenter visuellement ? Dans le cas d’une publicité télé ou cinéma, si on a longtemps utilisé le storyboard. Un storyboard utilise les mêmes mécanismes qu’une bande-dessinées, en découpant une action en une succession d’images. Il est aujourd’hui plus parlant de représenter le mouvement par une animatique. Cette animatique, en plus du cadrage, pourra indiquer précisément les plans et les mouvements de caméra (et proposer également un dialogue, une musique et plein d’effets).

Dans le monde de la Communication d’avant le numérique, le rough était une pratique essentielle. Rappelons que d’après Wikipedia « En arts graphiques (publicité, communication, imprimerie) un rough (qui se traduit par une ébauche ou une esquisse) est une illustration sommaire destinée à donner au client ou au concepteur un aperçu visuel d’une illustration ou d’une mise en page. » Pourtant, le rough est vite passé de mode du fait des possibilités sans fin du numérique et surtout parce qu’au final, il fallait savoir l’interpréter… Être capable d’imaginer un rendu final. Ce qui n’est pas forcément évident pour un client non-averti et la porte ouverte sur la plus totale des incompréhensions. Quand il s’agit de maquettes, on utilisera des visuels quasi définitifs pour « mieux vendre ». Merci internet et vive la démocratisation des « stockshots » à petits prix… Bye bye le travail du photographe ou de l’illustrateur. Parfois même, on partira d’un visuel fini et acheté en ligne pour créer une pub, un design, une interface…

Le storyboard est en réalité une suite de roughs et ces deux pratiques sont confiées au même professionnel… Pourtant, le rough, cette technique de dessin (neutre à l’extrême), n’est quasiment plus enseignée dans les écoles spécialisées. Le travail d’un vrai «roughman» est devenu une sorte de luxe artistique réservé à une élite (souvent cinématographique). Le roughman pourra imaginer l’image et surtout le mouvement. Ainsi et par exemple, Jean-Luc Besson, pour son 5e Élément, n’a pas manqué de faire appel à de supers roughmen « stars » (de la BD, bien sûr) comme Moebius et Mézières (un des papas de Valérian). D’où (entre autres) les taxis jaunes volants et, quelques années plus tard, en signe de gratitude, une adaptation cinématographique de la BD qui s’est avéré être un flop et la fin d’Europa Corp. Régulièrement, les « classiques » du story-board sont édités. Je pense à l’album jamais réalisé de Tintin : « Tintin et l’Alph’art » édité dans sa version crayonnée (voir très « rough ») ou bien les story-boards de « Taxi Driver » ou « Star Wars » que l’on trouve régulièrement dans des ouvrages spécialisés et autres anthologies du genre.

Pour tous ceux qui ne savent pas dessiner mais qui doivent détailler une action,  il existe StoryboardThat. Ce service en ligne (à prix d’ami) permet de s’en sortir quand il s’agit d‘expliquer visuellement. On y choisit décors, personnages et accessoires puis on déroule case par case le scénario qui va bien. Paradoxalement, dans le domaine applicatif, le story-board est devenu essentiel parce qu’il permet de visualiser les actions qu’impliquent l’interaction de l’utilisateur avec son interface. Ici, il n’est pas question d’interprétation visuelle. Seulement d’une « histoire » que l’on pourra facilement détailler avec StoryboardThat. Un service qui se présente fort judicieusement comme un outil de « storytelling ». Bien sûr, le traitement graphique n’est pas forcément à la hauteur, mais ce n’est pas l’objectif ! Au moins peut-on produire quelque chose de parlant sans vraiment savoir se servir d’un crayon.

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