« Elle » est d’ailleurs

L’Intelligence Artificielle, vendue comme une Force obscure qui pourrait rapidement dominer la planète, est au cœur de toutes les attentions. L’Intelligence Artificielle suppose nos itinéraires, « elle » nous bat au jeu de Go, elle compose les prochains hits, elle grignote les emplois de nos chômeurs, elle nous écoute à travers nos enceintes connectées, elle nous regarde via nos caméras de surveillance et, lorsqu’elle le décidera, elle finira bien par lancer une traque planétaire pour exterminer ces fourmis humaines à coup de robot-chiens tueurs…

Mais qui est-« elle » ?

Derrière cet acronyme d’IA, de San Francisco à la Station F, se cachent pourtant des Humains, plus ou moins bien intentionnés mais des Humains quand même. « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde » disait Camus. Le pouvoir des mots est silencieux mais puissant. L’« IA », c’est froid et impersonnel, sorte de bouillie numérique protéiforme qui nomme tout et rien en même temps. Il s’agirait plutôt de parler des entreprises de l’IA, des codeurs de l’IA, des femmes et des hommes de l’IA. C’est à ces professionnels que nous confions, et que nous allons confier d’avantage encore nos données.

Commander en 1 clic ? C’est eux. Estimer un itinéraire ? C’est eux. Proposer la nouvelle série ? C’est eux. Allumer la lumière par la voix ? C’est eux. Piloter par la pensée ? C’est eux, et personne d’autre. Ne nous laissons pas endormir par un nouveau mot-valise qui pourrait rapidement perdre de sa saveur. Car une chose parait implacable : nous n’arrêterons pas la machine. Et… tout comme l’intelligence artificielle… c’est parfaitement humain.